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UN DAMIER POUR L'ESPRIT

              « Pourquoi un maillot à damier ? ».

             Cette question fut posée récemment par une journaliste, lors d’un reportage TV sur le SCA, mais la question est restée en l’état. Cette chronique, sans apporter une réponse significative, tente d’avancer quelques éléments que certains vont, vraisemblablement, juger osés, hasardeux même plutôt risqués. Mais en rugby le risque n’est-il pas le quotidien des pratiquants ?

 Une première information mérite notre attention. Dans les Indes Orientales le damier blanc et noir symbolise l’harmonie des énergies positives et négatives. A Bali et Java, particulièrement, c’est un tissu au caractère sacré dénommé Poleng, couvrant les arbres vénérables, les seuils des maisons. Ces deux couleurs différentes établissent, selon la croyance locale, l’équilibre de l’univers. Dès lors, le fait que les joueurs du Sporting Club Appaméen exhibent un maillot à damier blanc et noir, peut interpeller.

Examinons alors la donnée suivante. L’Angleterre fin du XVIème siècle avait établi des comptoirs commerciaux dans ses colonies d’outre-mer, l’Inde passa ensuite, au XIXème siècle, sous contrôle total du Royaume Uni jusqu’en 1947, année de son indépendance. De ce commerce, divers accords entre Angleterre, Pays-Bas et France, font que nombre de ces cotonnades élaborées dans ce pays, de par leur origine dénommées « Indiennes », furent importés vers l’Europe. Le trouble insidieusement envahit notre esprit.

Venons-en enfin à la question initiale. C’est en 1921 que le SCA adopte le maillot à damier blanc et noir. L’histoire du club (1) nous apprend que le Président de l’époque, monsieur Mazard, avait passé commande en Angleterre et offert ce maillot aux joueurs. Était-ce un rebus de tissus dont se débarrassait le fournisseur anglais ? Était-ce une commande précise du Président ? Était-ce un pur hasard dans l’expédition ? Toujours est-il que ce textile arriva en terre Appaméenne depuis, peut-être, ces Indes Orientales sous la forme typique, nonobstant mythique, d’un damier. Le doute s’insinue alors.

A partir de ces évènements historiques, vestimentaires, cultuels, toutes les supputations sur la fourniture d’un tel textile, sont possibles. Chacun, selon sa personnalité, sa propre philosophie, est en droit d’avancer telle ou telle hypothèse. Une seule certitude demeure : tous, joueurs ou joueuses, en dévotion, en dignité, ont revêtu, revêtent, revêtiront, ce fameux maillot à damier. A travers les photos des équipes de différentes périodes, l’on peut suivre l’évolution dans sa conception. Ce qui saute aux yeux, comme une constante, c’est l’adoption permanente des deux couleurs équilibrées, le blanc et le noir. Facile me direz-vous puisque les photos regardées dans le livre (1) sont toutes en noir et blanc ! Mais rien n’interdit une vision perspicace.

Avant les années 20 le maillot noir domine avec une déclination du blanc pour le short. C’est l’International Board, crée en 1886, qui avait consenti à ce que la « culotte » pouvait se porter au-dessus du genou (2). Années 50 le damier avec parement d’épaule blanc refait son retour, en particulier, lors d’un « voyage culturel » à Barcelone. Début des « sixties », pour faire English, la mode évolue, pour preuve la photo de 1963 où les joueurs posent avec des maillots rayés de blanc et noir. Mais que n’accepterions-nous pas pour les premiers Champions de France du club ? En 70/80 le tout noir revient en vogue, seul est admis un petit liseré blanc, sachant toutefois que le damier, en écusson, se plaçait fièrement sur le cœur. Depuis 1990 le damier semble s’installer durablement, parfois au début, sous forme d’un grand carré noir et blanc. Avec le passage au XXIème siècle, le damier est toujours à l’honneur. Le design, comme disent les gens branchés de la télé, évolue selon les volontés des Présidents. Il gardera cependant une forme élancée prouvant que le club veut sans cesse aller de l’avant.

A travers une décennie, le port de ce magnifique maillot s’est décliné honorablement. Il lui fut voué, tel un culte, des sentiments de foi, d’honneur, de passion, comme on le ferait d’une relique sacrée. Au grés des saisons ; selon la mode, les désirs des dirigeants, la participation des partenaires ou sponsors, pour rester moderne et se remémorer la fourniture originelle d’Outre-Manche, la conception vestimentaire a évolué. Au fil des années les équipes, au prix de sacrifices et de méritoires efforts, ont su écrire de bien belles pages. Quand se rejoint l’histoire, le sacré, le textile, que ce soit du plus humble des trois-quarts, du plus modeste des avants au plus prestigieux des joueurs qui intégrèrent le club, tous en une même synthèse quasi religieuse, firent honneur au maillot blanc et noir en exprimant solennellement la pleine réussite de « l’esprit damier ». 

 

(1) 100 ans de rugby à Pamiers – Pierre Aranda

(2) Ce bleu des maillots et des guerres – Denis Lalanne


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